L’estuaire de la Gironde (magnifique)

Mardi 25 août 2020, Ronce-les-Bains (Charente-Maritime, département 17) – JOUR 33

Une nuit bien désagréable, et pour cause : nos amis des travaux publics étaient à l’œuvre ! C’est sûr que c’est énervant de ne pas pouvoir dormir à cause des engins de chantier, mais d’un autre côté, je n’oublie pas que nos infrastructures sont d’aussi bonne qualité grâce à ces hommes de l’ombre (c’est le cas de le dire !), qui travaillent quand les autres dorment, moi inclus !

C’est donc la tête un peu enfarinée que j’ai plié le campement, et quitté, non sans regrets, ce camping municipal de Saint-Marin-de-Ré.
Je ne me suis pas foulé pour rejoindre le Pont de l’île de Ré, j’ai pris l’itinéraire de la veille en sens inverse, tant pis pour le tour de l’île. Je me suis dit, à tort peut-être, que je risquais de voir les mêmes arbres et les mêmes cailloux partout ailleurs (raisonnement du gars qui essaye de masquer sa flemme). Je me suis quand même arrêté régler ma selle, peu après avoir démarré, qui je le rappelle est une selle Brooks en cuir neuve, donc en cours de rodage. Malheureusement pour moi, je n’avais pas regardé en l’achetant dans quel sens il fallait tourner la vis pour faire ressortir celle-ci, et ainsi retendre le cuir. J’ai tenté un truc, on verra bien ce que ça donnera.
Il faisait déjà chaud ce matin, et le soleil brillait. J’ai globalement de la chance avec le temps, j’ai très peu de pluie pour le moment, ce qui est appréciable. Même si, un peu de pluie ne fait pas de mal pour rafraîchir l’ensemble !

Après avoir de nouveau traversé le long pont de l’île de Ré, je suis arrivé à la Rochelle, et je me suis arrêté devant la fameuse image des tours du vieux port, dont suit une photo assez réussie :

La Tour de la Chaîne à gauche, et la Tour Saint-Nicolas à droite, portes d’entrée sur le vieux port de La Rochelle

Préfecture du département de la Charente-Maritime (je croyais que c’était en Vendée avant, n’importe quoi !), c’en est la ville la plus peuplée avec 75 000 âmes. C’est également, à en croire Wikipédia, la capitale historique de l’Aunis, cette ancienne province de l’Ancien Régime, qui disparut avec l’arrivée des départements en 1790 (comme celles du Dauphiné, du Poitou, ou du Languedoc par exemple).

Pour faire le lien avec la citadelle de Vauban dont je parle dans l’article précédent, La Rochelle fut le lieu du siège qui porte son nom, pendant lequel les protestants (dont La Rochelle était une place forte), aidés des anglais et des hollandais calvinistes, constituaient une menace pour le Catholicisme et le cardinal de Richelieu, en 1626. Le pouvoir royal décide ainsi l’attaque de la ville, construit une digue pour empêcher le ravitaillement par la mer, coupe tout ravitaillement possible par les terres. Cela conduisit 1 an plus tard, et après l’expulsion – et donc la condamnation – hors de la ville des femmes, vieillards et enfants inutiles pour sa défense, à la capitulation de la cité. Ah, ça ne rigolait pas à l’époque !

J’ai rapidement traversé la ville, car je n’étais pas au top de ma forme et qu’une grosse journée s’annonçait devant moi. J’avais en effet tablé pour me rapprocher au maximum de l’île d’Oléron, sans savoir encore si j’allais y faire un tour.
J’ai donc quitté la ville en longeant la côte, c’était assez sympa.
Vers midi, peu de kilomètres avant Rochefort, je me suis aperçu que je m’étais trompé de route (encore !). Sauf que là, clairement c’était mal foutu, et pour preuve j’avais vu plusieurs personnes faire la même erreur que moi, et donc faire demi-tour. Je les ai regardés en souriant intérieurement, les abrutis hé hé… Hum hum…..
Après le repas, j’ai traversé un village qui s’appelle Yves, ça m’a fait rire. Depuis que je suis parti, j’ai vu des villages avec des noms rigolos, comme Xouaxange, Neville, ou Albert ! Si, si !

Il faisait chaud, et pas qu’un peu ! Heureusement que j’ai de la crème solaire, sinon mes jambes seraient brûlées ! Comme mes bras. Pendant ma pause à Rennes, j’ai réussi à perdre la toile qui s’accroche à l’arrière de la casquette, idiot que je suis. J’ai donc l’air moins ringard, vous me direz. La chance que j’ai, c’est que le manche de ma guitare me protège la nuque du soleil. Donc je n’ai pas besoin de protéger la nuque, c’est déjà ça ! Sinon, il faudrait que j’achète 3 tubes par semaine sérieux ! Et franchement, je ne me vois guère rouler en manches longues/pantalon, si vous voyez ce que je veux dire.

Après ce détour faible en kilomètres, mais fort en frustration, j’ai fini par arriver à Rochefort, ville dont je n’avais jamais entendu parler avant aujourd’hui ! Le trajet était nul jusque-là, moche, très routier, donc je fus content de voir un peu d’Histoire dans le centre-ville de Rochefort, et notamment… ça !

L’Hermione, mis à l’eau en 2014 après reconstruction la plus fidèle par rapport à la frégate d’origine
Quelques chiffres : un grand mât à 54 mètres au-dessus de la quille, 2 000 chênes sélectionnés dans les forêts françaises, un puzzle de plus de 400 000 pièces de bois et de métal, 1 000 poulies, une tonne d’étoupe pour le calfatage, 22 canons au calibre des boulets de 12 livres sur le pont de batterie et 6 canons au calibre des boulets de 6 livres sur le pont de gaillard (tiré de Wiki).
Ils savaient bosser à l’époque !

Rochefort n’est pas une immense ville, mais je l’ai trouvée très jolie, avec de baux bâtiments de pierres blanches. J’ai trouvé une certaine sérénité dans cette ville, pendant mon court passage, voilà ce que je veux dire.
C’est à Rochefort que fut construit à partir de la seconde moitié du 17ème un arsenal militaire pour la Marine Royale (le troisième de France à l’époque), créée par Richelieu, et fraîchement remaniée par Colbert. En effet, au début du 17ème, la France est un pays essentiellement terrien, dont la puissance agricole lui permet d’être indépendante des ressources de la mer. Les navires construits sont peu nombreux, et servent essentiellement pour le commerce et la pêche, le pays préférant recevoir les navires étrangers plutôt que d’en envoyer. Les français n’ont pas la culture marine aussi développée que les portugais, espagnols, anglais ou même des hollandais, qui disposent de la plus grosse flotte commerciale de l’époque. Par ailleurs, il n’y a pas de réelle politique navale mise en place. Cela est dû principalement au fait que le Royaume craint surtout les attaques terrestres et venant de l’est, donc qu’il concentre ses efforts et son budget sur l’armée de terre, plutôt que sur sa façade maritime.

Richelieu, donc, décide de mettre un politique en place, basée sur deux piliers : se prémunir contre pouvoir (trop) grandissant de la cité protestante et ouverte sur l’Atlantique de La Rochelle, et rattraper le retard par rapport aux autres puissances européennes. Il entre au conseil du roi en 1621, et commence à mettre en place sa politique.
L’affaire n’est pas mince, car le savoir-faire est faible. 18 vaisseaux sont commandés en 1626, mais comme il n’existe pas d’arsenal français, Richelieu doit les faire venir de Hollande et de Suède.
Il fait venir des charpentiers hollandais, importe les matériaux nécessaires à la construction de vaisseaux (canons suédois, chanvre, mâts de cuivre etc), et crée les 3 premières escadres françaises (terme utilisé à l’époque pour désigner un groupe de navires sous les ordre d’un amiral), à Brouage, au Havre et Brest.
Les anglais, qui ne souhaitaient pas que les français, en plus d’une grosse puissance terrestre, n’acquièrent une flotte importante, tentent de créer une révolte à La Rochelle, pour déstabiliser le pouvoir royal catholique, et la marine en cours de création. C’est le siège de La Rochelle, dont j’ai un peu parlé au-dessus.

Après la mort de Richelieu (1642) et celle de Louis XIII (1643), en pleine Guerre de Trente-Ans (1618 – 1648), c’est Mazarin qui reprend la gouvernance du Royaume, tant que Louis XIV est encore mineur. La marine française s’en sort plutôt bien par rapport à son statut de jeune marine (bataille navale de Carthagène), mais l’essentiel du conflit qui concerne la France est terrestre, et la marine n’est pas la priorité à l’intérieur du Royaume (cf période difficile de guerre civile connue sous le nom de La Fronde).
Laissée un peu à l’abandon à la fin des années 1640, la marine connait un renouveau à partir des années 1660 grâce à Colbert, sous le règne du jeune Louis XIV. Celui-ci va entreprendre un état des lieux de la marine très précis, puis mettre en place une série de mesures fortes pour structurer durablement la marine française. On peut citer la création d’une administration efficace (pas comme l’administration française d’aujourd’hui), les nombreux travaux entrepris sur les ports de Brest et de Toulon pour les transformer en ports de guerre (arsenal), la création ex nihilo de l’arsenal de Rochefort, l’appui de certains ports de commerce pour participer à la transformation générale (ports de Marseille, Dunkerque, Le Havre, Lorient), et bien entendu la mise en place de toute l’industrie et la logistique qui vont avec une marine de guerre : forges (travail du métal à l’état solide), fonderies (travail du métal à l’état liquide), corderies, fabriques de voiles, fabrique de goudron pour l’étanchéité des coques, aménagement routiers et fluviaux pour l’acheminement des matières premières (notamment le bois), etc…
En 1661, la marine compte 31 bâtiments, ainsi que 8 étrangers. En 1671, elle compte 123 vaisseaux et frégates, pas les meilleurs au niveau technologique, avec de nombreux ratés, mais c’est tout de même un sacré progrès !

Je vous ai fait une synthèse de l’article de Wikipédia sur l’Histoire de la marine française, que j’ai trouvé très intéressant ! La suite de l’histoire s’y trouve, pour ceux que ça intéresse !

Mais revenons à mon voyage, qui est quand même plus intéressant que l’histoire de France 😎😎 !

Comme j’en avais un peu marre de rouler, l’itinéraire n’étant pas des plus jolis depuis que j’ai commencé le voyage, pour poursuivre mon périple jusqu’à Saint-Agnant, j’ai voulu couper par la D733, qui traverse la Charente à la verticale. Ça m’a permis de gruger sur une dizaine de km de l’EV1, le long de la Charente, hé hé, je suis un petit malin !
Je suis donc reparti plein sud, et au moment où je commençais à prendre la route, j’ai aperçu sur ma gauche une drôle de structure, au loin. Comme je suis un petit curieux, j’ai fait demi-tour et me suis approché de ce qui était en réalité le Pont Transbordeur de Rochefort !

Ça alors ! Je n’avais jamais vu un truc pareil ! Autant je connaissais bien les bacs pour traverser un fleuve, les ponts (évidemment), voire les tunnels pour les grands itinéraires (type sous la mer entre le Danemark et la Suède ou l’Eurostar par exemple), mais jamais un pont de ce type ! J’ai bien fait de prendre cette décision de raccourci, sinon j’aurais manqué ça ! Par ailleurs, le viaduc de Martrou, qui traverse la Charente sur ma droite, donnait l’impression d’être plutôt fait pour la catégorie B, voire au-dessus. (Bon, j’ai vérifié après coup, il y a apparemment une bande cyclable qui permet aux 2 roues de l’emprunter s’ils le souhaitent)
Ce Pont Transbordeur, le dernier qui fonctionne en France (d’autres existent dans le monde), a été inauguré en juillet 1900, en pleine ère de la construction métallique. Il avait à l’époque une capacité de 14 tonnes (il servait également aux calèches), qui atteignit 16 tonnes après travaux au début des années 1930. Prévu d’être démoli au milieu des années 1970, son classement comme Monument historique en 1976 lui évite le pire, et il est rénové entre 1980 et 1994. Il a ensuite fermé de nouveau pour rénovation en 2016, pour rouvrir en juillet 2020 ! J’en ai eu de la veine !

Après avoir payé les 2 euros pour un aller simple, j’ai fait la queue avec les autres passagers (les moteurs ne sont plus autorisés a priori), dont certains des cyclistes comme moi. La traversée fut assez courte (4 min 30), car la Charente ne fait pas non plus la largeur du Rhin, mais sympa. Le fait est qu’on voyage un peu dans le temps quand on utilise ce genre de moyens de locomotion !

De nouveau sur le bitume, j’ai continué mon périple jusqu’à Saint-Agnant, où j’ai rejoint et longé le canal de la Charente à la Seudre, vers le sud-ouest. Il y avait très peu de monde, voire personne, et le revêtement était plutôt herbeux qu’autre chose. Après quelques kilomètres, on rejoint un chemin de halage plus praticable, mais, à un momen’ donnéeuh (accent du sud-ouest), ce fut le drame… Un marais !
Arghhhhh, quelle horreur ! Alors je le répète, ce n’est pas le marais en soi qui est une horreur. A la limite, c’est plutôt sympa comme décor, pour une promenade du dimanche après-midi. Non, c’est à nouveau du vent plein la tronche, sans interruption, et seuls quelques oiseaux et quelques ruminants pour écouter mes nombreuses plaintes et soupirs exagérés.

Vaut mieux ne pas perdre le nord !

La route ressemblait à un labyrinthe, on changeait de direction uniquement par angle droit. À cause des nuages, je n’avais plus le repère du soleil, et j’ai carrément perdu le cap.  Heureusement que j’avais mon GPS pour m’assurer que la direction était bonne, car quelques fois les panneaux (de couleur jaune, synonyme d’itinéraire bis par rapport à l’itinéraire originel) m’avaient donné l’impression d’aller à l’opposé de mon cap (carrément !) ! C’était simplement moi qui déconnais.
Après un certain temps à travers les roseaux et points d’eau, j’ai enfin pu rejoindre Marennes, en tout cas sa périphérie, heureux de quitter cet espace de solitude qui agit comme dépresseur naturel si on y reste trop longtemps. Ajoutez à cela un discours de Jean Castex, c’est le suicide assuré !
Il était temps que je me trouve un camping, car je sentais la tempête arriver à toute vitesse ! J’en ai appelé un, qui se trouvait juste de l’autre côté de la Seudre, à quelques kilomètres de l’endroit je me situais. Il était ouvert, super !
Tout content de mettre un terme à cette journée pénible, je me suis dépêché de traverser le viaduc de la Seudre, en sentant des gouttes qui commençaient à tomber sur le visage. Pour gagner 2 minutes, j’ai pris un sentier pas du tout recommandé, sur du sable, à travers une forêt. J’aurais pu m’en passer largement, étant donné que le camping était tout proche. Enfin bon, j’ai fini par arriver, j’ai payé ma nuit à l’accueil (10€ tarif spécial pour cyclistes qui font la Vélodyssée), et j’ai installé le bazar habituel, sous un pin, sur un sol sableux. Il y avait d’autres tentes d’installées, mais les cyclotouristes qui en étaient les propriétaires n’étaient pas dans leur tente, a priori.

Ensuite douche, puis, comme la pluie avait l’air de finalement se faire attendre, je suis parti dans le centre de Ronce-les-bains, quartier de la ville de La Tremblade dans laquelle je me situais. Station balnéaire classique : des bars, des restaurants, plein de touristes, rien de bien intéressant. C’était assez loin du camping à pied, environ 2 kilomètres. Après avoir parcouru l’unique rue animée du quartier, j’ai fait demi-tour et suis allé dans un bar bondé, heureux de pouvoir lire un peu des nouvelles du monde sur mes différents sites internet. J’ai bu 2 pintes de blanche, ça m’a fait plaisir, et j’ai regardé en souriant intérieurement les gens se prendre une énorme averse sur la tronche, qui finalement arriva, moi qui avais eu la prévoyance de m’installer à l’abri.
Comme après l’apéro il fallait bien manger, je me suis hâté de rentrer au camping pour me faire une grosse plâtée (et non plâtRée, d’après l’Académie française) de pâtes. Mais, à mon tour je me suis pris une grosse averse ! Il fallait que ça arrive ! Trempé, les gens à l’abri autour de moi me regardant en souriant probablement intérieurement, j’ai fini par arriver dans ma tente, et ça ne m’a pas empêché de m’éclater le bide, mais au sec à l’intérieur de ma tente, car il continuait de pleuvoir. Je crois que c’est la première ou deuxième fois que j’ai mangé sous la tente depuis que j’ai quitté le nord-isère ! On peut dire, effectivement, que je vis au grand air depuis plusieurs semaines ! Et ça n’est pas prêt de s’arrêter !

Même quand il pleut, c’est cool !

Rien de spécial pour le reste de la soirée !
Tant pis pour l’île d’Oléron au fait, je ne peux pas tout visiter non plus !

Mercredi 26 août 2020, Braud et Saint-Louis (Gironde, département 33) – JOUR 34

Départ ce matin de Ronce-les-bains, sous un beau soleil. D’autant plus beau qu’il a plu la veille !
Première partie de route à travers la forêt du littoral, sur une piste cyclable. Super pour se mettre en jambes ! Je n’avais plus de provisions, donc j’étais très léger, donc rapide, ha ahhhh !
Par contre je me suis fait piquer à la main par un taon (le salopard) quand je me suis arrêté pisser un coup dans la forêt ! J’avais oublié à quel point c’était douloureux ces petites bestioles ! Enfin, pas tellement douloureux, mais gênant ! Ça grattait de ouf !

J’ai dû enlever mon gant momentanément, tellement ma main avait enflé !

Petit conseil à ceux qui essaient le camping sauvage proche d’une forêt : attention aux moustiques, qu’on connait, mais aussi (et surtout) attention aux taons !

Ensuite, la route a rejoint le littoral, c’était bien agréable de retrouver le bord de mer. J’ai fini par arriver à Saint-Palais-sur-Mer, qui marque le début de l’agglomération de Royan (agglomération qui délimite la Côte de Beauté), avant l’estuaire de la Gironde. Saint-Palais-sur-Mer garde encore de jolies villas d’époque, synonymes d’une gloire passée (et remplacées par des immeubles bien moins jolis). D’après l’extrait de Wikipédia : « À partir des années 1960 est mis en place un grand projet immobilier qui transformera le centre-ville en profondeur, et qui suscitera maintes polémiques. Décision est prise d’abattre les halles, la salle des fêtes et la quasi-totalité des commerces de l’avenue de la République, pour les remplacer par des immeubles modernistes, donnant son aspect actuel au centre de la cité ». Je lis « on imposa aux habitants une transformation de la ville non souhaitée par ceux-ci, à grands renforts de valises de billets par-ci par-là ». Enfin, c’est mon interprétation des choses, j’ai peut-être l’esprit tordu !

Arrivé à un Carrefour Market, j’ai pu faire le plein de victuailles. Je commence à acheter des fruits secs en masse, en plus des fruits frais et du reste, c’est un bon moyen de grignoter entre les repas ! Après les courses, j’ai cherché un coiffeur, tant qu’à faire, mais en plein été c’était impossible de trouver un créneau à l’improviste. Je me donc dit que j’irais pendant mon séjour à Bordeaux.

J’ai ensuite rejoint Royan, où un choix s’est imposé : rejoindre Bordeaux par l’estuaire de la Gironde, ou bien prendre le bateau (pas un bac cette fois, mais bel et bien un bateau) pour rejoindre l’autre rive, puis longer la côte puis bifurquer à un moment plein est… Bon, ça me semblait le plus sympa de longer l’estuaire, parce qu’au fond, la côte c’est bien, mais quand tout est plat, il n’y a rien de bien spécial à voir. C’est donc la V80 que j’ai prise, pour le reste de la journée.

J’avais bien faim, et, à midi passé, après avoir poussé un peu plus loin que Royan (où les prix étaient trop élevés à mon goût), j’ai fait halte dans un village bien charmant, dont j’ai malheureusement oublié le nom. Il faisait sacrément chaud ! Heureusement, j’ai réussi à trouver un petit parc dans lequel un grand arbre créait suffisamment d’ombre pour moi et mon vélo. Assis sur un banc, j’ai pu me ressourcer, et manger 2 tourtes assez imposantes :

Miam miam
Ne pas hésiter à bien s’hydrater à côté

Après le déjeuner, un coup de crème solaire, puis j’ai enchaîné vers l’Aventure, car je n’avais absolument aucune connaissance de cette partie de la France. Et je n’ai pas été déçu ! C’était magnifique : une alternance de vignes, falaises, domaines viticoles, jolies maisons de pierre blanche, chevaux, petits ports mignons, le tout sous un ciel bleu. Vraiment super ! Ce sont d’ailleurs les premières vignes que j’ai aperçues du voyage, il était temps tout de même ! Même si on en trouve à de nombreux endroits en France, comme chacun le sait ! Je pense que j’en parlerai un peu plus tard du vin en France.

Une jolie maison
L’estuaire est tellement grand (le plus grand d’Europe) qu’on voit à peine l’autre bout, 12 km au niveau de l’embouchure, là où le fleuve se jette dans l’océan ! Si vous êtes chanceux, vous pouvez voir le mascaret, c’est-à-dire la vague formée par la marée montante remonter le fleuve ! Phénomène rare cependant !

En début d’après-midi j’ai traversé le village de Talmont-sur-Gironde, un de nos plus beaux villages de France. Et je n’ai pas été déçu ! J’ai même laissé mon vélo et sacoches sans surveillance, le temps que j’aille faire un rapide tour de ce petit bijou. Pas mal de restaurants, beaucoup de monde, mais les commerces sont bien intégrés au décor, et les yeux n’en sont nullement offusqués (c’est pas comme à certains endroits en Corse par exemple). Je n’ai malheureusement pris qu’une photo du cimetière de Talmont, je ne sais plus pourquoi d’ailleurs, mais les curieux en trouveront plein d’autres sur le Net. Talmont possède une église du 11ème siècle, qui a nécessité la construction d’un mur en sous-œuvre, sous l’église, à cause de l’érosion grandissante de la falaise de calcaire qui menaçait le monument !
En parlant de falaise, attendez-vous à pas mal de dénivelé le long de l’estuaire, je n’aurais pas imaginé autant ! Par contre, des falaises que l’on ne trouve que sur la rive droite du fleuve ! Pourquoi ? Et bien parce que, il y a 60 millions d’années, l’activité tectonique des Pyrénées a cassé le plateau calcaire qui régnait à l’époque à cet endroit, tranquille, peinard. Puis la partie sud de ce plateau s’est abaissée, et l’eau qui arrivait de l’intérieur du pays par le fleuve a creusé le sillon sur cette partie sud, butant contre les falaises partie nord (rive droite). Puis, au fil du temps, le fleuve a charrié du sable et des graviers (qu’on appelle les graves, propices à la viticulture !), les faisant s’accumuler sur la rive gauche, donc plate !

Mais, comme la route est sympa, le dénivelé passe plutôt bien ! C’est moins monotone !

Sacrée descente !

À Mortagne, on peut longer les falaises, contre lesquelles les eaux venaient autrefois se frotter. En période de hautes-eaux marines, les sédiments venant du fleuve s’accumulaient dans les échancrures naturelles du rivage, et les hommes, qui habitaient à l’époque dans les falaises, construisaient des digues pour se protéger de l’eau. Puis, quand venait le temps des basses-eaux (quand la mer se retire progressivement du coin), ces formations géologiques apparaissaient à l’air libre, formant ainsi des marais, et le nouveau sol sur lequel on a bâti des villages. C’est pour cela qu’on appelle les falaises de Mortagne les « falaises mortes », et les autres (dont l’eau coule toujours à leur pied) les « falaises vives », comme à Talmont ! Toutes ces infos proviennent de l’épisode de C’est pas sorcier sur le sujet ! Une super émission !

Il y a comme une ambiance de Rome antique dans le coin je trouve. Vous allez me dire que je n’ai pas vécu pendant la Rome antique, c’est vrai, mais avec les vignes, la pierre blanche, le soleil, c’est cela que ça m’évoque. Tu t’en fous hein ? Sacré chenapan, va !


On trouve beaucoup de petits ports de pêche, bien sympas, tout le long de l’estuaire, paradis des pêcheurs, grâce au passage de nombreux poissons, des poissons d’eau douce (sandre), marins (bar), migrateurs (lamproie, alose, anguille). D’ailleurs, en traversant l’un d’entre eux, je suis tombé sur ce panneau, qui vaut son pesant de cacahouètes :

Je me suis même fait le plaisir, en longeant des champs, de m’arrêter cueillir des figues fraîches, dont les branches du figuier dépassaient de la clôture du propriétaire… Quel régal de manger ultra-local, frais comme tout, bien juteux et bien mûr ! Y a pas mieux !

Tu sens l’odeur du figuier à travers l’écran ?

La V80 est connue des cyclistes, car elle vaut des points en termes de décor, et elle est dans la continuation de l’EV1. Mais je n’ai pas vu grand monde sur ma route. Comme c’est un itinéraire officiel, et familial, tout est fait pour éviter au maximum les voitures, donc quand ils peuvent faire passer la route dans un chemin parallèle à celle-ci, le long d’un champ, ils le font ! C’est un peu dommage quand la route principale est très peu fréquentée (ce qui m’avait l’air d’être le cas), car ça fait vraiment faire des zig zags en pagaille, complètement inutiles d’un point de vue opérationnel, moi qui ai quand même besoin de faire un minimum de kilomètres journaliers pour que mon voyage rentre dans un été. Donc au bout d’un moment j’ai rejoint la départementale, ça m’a permis de gagner du temps et de rejoindre l’itinéraire vélo un peu plus loin.

Tous les moyens sont bons pour trouver de l’ombre !
Huuu hu hu hu hu !

Et là, après quelques kilomètres, CRAC !, je me suis de nouveau trouvé sur une espèce de grande plaine plus ou moins marécageuse (en tout cas c’est l’impression que j’ai eue), avec rien devant, et encore moins sur les côtés. Pour le coup, ce n’était pas le vent le problème (car pour une fois, il n’y en avait pas !), c’était la chaleur. Car chaud, il le faisait ! Un vrai temps à serpents ! Ou à chacals !
Alors là on n’était plus tellement en Rome antique, mais plutôt quelque part entre la Death Valley et le désert d’Atacama ! Aride donc, d’autant que je n’avais plus énormément d’eau, et que je ne savais encore pas exactement où j’allais dormir. Mais ça fait toujours des souvenirs !
Toute nouvelle sensation laisse une trace dans la mémoire, par définition j’ai envie de dire. C’est pour cela que je me souviens autant de ce qu’il m’est arrivé dans ce voyage, car chaque jour est nouveau, chaque jour apporte son lot de curiosités, et c’est cela qui fait bouger notre cerveau de sa grosse inertie. D’ailleurs, je ne sais pas vous, mais quand je me remémore un événement de mon passé, souvent il n’en reste cette espèce de sensation intellectuelle, difficilement descriptible, celle-là même qui nous frappe par son caractère nouveau au moment où cela nous arrive.

Je me suis donc dit qu’il était temps d’arrêter un camping. Je devais être à une centaine de kilomètres de Bordeaux, et avec la distance parcourue pour trouver un camping, demain serait une petite journée. J’en ai trouvé un à Braud-et-Saint-Louis, dans la bonne direction (c’est-à-dire entre moi et Bordeaux, et pas 30 km sur la perpendiculaire). Comme ce décor un peu sec commençait à m’énerver, je suis remonté plein nord pour retrouver la départementale, que j’ai suivie jusqu’à Braud-et-Saint-Louis, où je me situe actuellement. Cette dernière partie était super, car personne n’était sur la route (aucun véhicule je veux dire). En plus, comme il y avait des hauts et des bas niveau relief, et que j’ai trouvé cela amusant dans ce cadre magnifique, je m’étais retrouvé une motivation, un second souffle, et les efforts n’en étaient pas !
J’ai aperçu la centrale nucléaire du Blayais au loin (au cœur du marais du Blayais dont je parle juste au-dessus), mise en service à partir de 1981, et qui compte 4 réacteurs nucléaires, qui ont produit en 2019 25 milliards de KWh, soit 2/3 des besoins annuels en électricité de la région Nouvelle-Aquitaine (source : EDF).

Finalement arrivé au camping municipal, j’ai planté ma tente, et je suis parti acheter de quoi prendre l’apéro.

Après l’effort, encore un effort !

On est d’accord que ça n’est pas exceptionnel, mais faut bien se faire plaisir un peu !

J’ai discuté avec un groupe de 3 cyclistes qui faisaient un voyage sur quelques jours, puis un couple de jeunes est venu installer sa tente non loin de la mienne. Eux voyageaient à pied, et apparemment ils avaient souffert de leur journée : 40 km ils ont fait ! Une histoire de rejoindre une grand-mère à pieds, mais que c’était trop dur physiquement donc arrêt au camping plus tôt que prévu, et fin du voyage en voiture. Très sympas ces 2 jeunes, des thésards de Pessac. Comme je leur ai dit que je comptais passer quelques jours à Bordeaux, ils m’ont dit qu’ils m’accueilleraient avec plaisir chez eux si j’avais besoin. Je me suis donc gardé cette généreuse proposition dans un coin de ma tête, puis j’ai dîné, et j’ai chillé tranquille. Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai une grosse douleur côté droit de la nuque. J’espère que ça passera !

Jeudi 27 août 2020, Floirac (Gironde, département 33) – JOUR 35

Bon, encore une belle journée ! Décidemment, il est vraiment joli cet estuaire de la Gironde ! Vivement recommandé aux lecteurs !

Ce matin, départ du camping tranquille, à la fraîche. Ils ont (apparemment) récemment construit une piste cyclable pour rejoindre Blaye, donc c’était une première partie de route quasi rectiligne, propre, sur une quinzaine de kilomètres. Je voyais des machines agricoles commencer à vendanger. Le fait est que je suis plutôt habitué à voir des vendangeurs vendanger, moi-même ayant fait les vendanges plusieurs fois dans le Beaujolais. Mais, ici c’est comme ça qu’ils font apparemment ! Sans doute pas sur toutes les exploitations non plus !
J’ai quand même aperçu une espèce de gros feu, au loin, mais impossible de savoir l’origine, et ce qui était en train de brûler.

Arrivé à Blaye, je suis monté à la Citadelle (de Vauban, bien sûr !), et je ne fus pas déçu d’avoir opté pour le camping à Braud-et-Saint-Louis la veille : le camping municipal de Blaye, carrément dans l’enceinte de la citadelle, était fermé ! C’est sans doute à cause de cela que je n’avais eu personne au bout du fil la veille…Quoi qu’il en soit, c’est encore un magnifique ouvrage de notre ami et bienfaiteur Vauban, qui surplombe l’estuaire.

Si c’est pas magnifique ! On voit le petit pont à arches derrière mon vélo, celui qui donne accès à la citadelle
L’estuaire depuis les remparts de la citadelle de Blaye, depuis lesquels on peut observer de nombreuses îles (dont certaines étaient habitées à l’époque) qui apparaissent et bougent en fonction des courants et des déplacements de sable (voir les bouchons vaseux pour les plus curieux).

Un sacré enjeu l’estuaire de la Gironde, au niveau stratégique, aussi bien pour le commerce de Bordeaux que pour les entrées des flottes ennemies. Construite entre 1685 et 1689 (Vauban fortifie et ajoute en réalité par-dessus des défenses préexistantes), elle forme avec le fort Paté et le fort Médoc ce qui s’appelle le « verrou de l’estuaire ». Apparemment, Vauban a écrit dans ses mémoires que c’est de la citadelle de Blaye dont il est le plus fier (source vidéo) ! Il faut dire que c’est bien conservé, et qu’on voyage dans le temps à l’intérieur des remparts ! C’est une mini-cité qui s’offre à nous ! Je conseille la visite à ceux qui passent dans le coin !

Je ne me suis pas attardé plus que ça, car pour la première fois du voyage, j’avais rendez-vous chez des gens dans l’après-midi, via Warmshowers, et il ne fallait pas que j’arrive en retard ! Je déteste être en retard…
Après Blaye, encore de jolis paysages et de nombreux domaines viticoles, tous aussi jolis les uns que les autres, avant d’arriver sur la Route de la Corniche, à Gauriac : quelques centaines de mètres en ligne droite, avec sur notre droite la Gironde, et sur la gauche de magnifiques maisons en pierres taillées claires… Magnifique, vraiment. Si un jour j’ai de l’argent, peut-être j’envisagerai d’acheter là-bas !

Ensuite, j’ai eu droit à une magnifique vue de l’estuaire, sur un belvédère à côté du château Eyquem (à ne pas confondre avec le fameux Château d’Yquem, situé au sud de Bordeaux, et connu pour étant le seul Sauternes classé Premier cru supérieur !).

On aperçoit sur la droite de la photo le Bec d’Ambès, point de confluence entre la Garonne et la Dordogne, où est présente l’industrie pétrolière

Puis, au niveau de Cubzac, je suis arrivé sous un sacré pont, très original par rapport à ce que j’avais pu voir jusqu’à aujourd’hui : le pont ferroviaire de Cubzac !

Magnifique

Un sacré ouvrage, pour sûr, construit par l’entreprise Daydé & Pillé en 1886. Je me suis dit sur le coup que c’était dommage que l’itinéraire ne l’emprunte pas (sur le moment, j’ignorais que c’était un pont ferroviaire), mais après quelques minutes de pédalage, on prend un autre pont, le pont routier de Cubzac, parallèle à son voisin, et construit lui par Gustave Eiffel entre 1879 et 1883. Il permet de voir le viaduc ferroviaire sur notre droite, ce qui est encore mieux, car quand on est sur un ouvrage, on ne le voit même pas au final ! Il fait quand même 2178 mètres de longueur ce pont ferroviaire ! C’est un pont en métal, avec une structure en treillis, ce qui diffère des ponts à haubans (Pont de Normandie, Pont de Saint-Nazaire) ou en béton armé (pont de l’île de Ré) que j’ai présentés jusqu’à présent. Au 19ème siècle, nous sommes en plein âge d’or de la construction métallique, dont G.Eiffel en est le fer de lance (hé hé hé). Période qui sera remplacée par celle du béton, au début du 20ème siècle en France (aux USA par exemple, ils ont gardé massivement l’acier et le verre pour leurs tours). Je n’ai pas vu de lignes électriques au-dessus du pont, c’est peut-être des TER à mazout qui l’empruntent !

Et si ce n’est pas assez comme ponts, il y a même le pont autoroutier de Cubzac, encore un peu plus à l’ouest !

Arrivé en banlieue bordelaise, j’ai réussi à perdre l’itinéraire pour m’amener à Bordeaux ! Des fois, il faut reconnaître que tout n’est pas clair dans les indications, il y a des panneaux partout, et parfois mal orientés ! Donc, je me suis rattrapé avec internet, mais j’ai quand même perdu un peu de temps. Je suis quand même arrivé à temps à Floirac, pour rencontrer une de mes hôtes, Marie, qui m’a accueilli dans leur appartement. On a pas mal discuté de mon voyage, de son projet à elle de partir en Norvège avec son copain Antoine, de Bordeaux, et d’autres choses.

Comme ils me logent gratos, je les ai invités à boire des coups dans un bar, pour faire connaissance. C’était cool, ça fait toujours plaisir de discuter un peu !
A priori je vais rester une deuxième nuit chez eux, on verra comment ils s’organisent de leur côté. Moi, je souhaite rester plusieurs nuits pour visiter la ville ! Malheureusement, je devais rejoindre des copains de promo à Bordeaux, mais ça s’est annulé au dernier moment… C’est comme ça !

Prochain article sur Bordeaux !


3 réflexions sur « L’estuaire de la Gironde (magnifique) »

  1. j’ai eu peur en lisant un terme incongru dans ton récit, merci google qui m’a appris que c’est une expression canadienne…
    Merci latouy, continue de nous faire rêver.

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