La Côte d’Albâtre I

Dimanche 26 juillet 2020, le Crotoy (Somme, département 80) – JOUR 20

Bon, je suis reparti tard ce matin de Lille, mon objectif était simple : rejoindre la côte de la Manche, quitte à ne pas partir de tout en haut, de Calais !
J’ai donc tablé sur Le Touquet – Paris Plage. J’aurais bien aimé passer à Boulogne-sur-Mer, je n’y ai jamais été, mais tant pis !
Il faut que je sois avant le 7 août à Rennes absolument, donc je préfère ne pas me mettre en retard. Car le jeune homme que j’ai rencontré dans le train Arras-Lille m’avait averti que la Normandie, c’est grave vallonné en réalité, à cause des falaises. Donc qu’il fallait que je m’attende à ne pas rouler vite en moyenne…

Arrivée tranquille au Touquet

C’est par le train que je suis donc que je suis arrivé au Touquet, en début d’après-midi, où j’ai fait une pause déjeuner sur la plage. Quel plaisir de voir la mer !! Surtout quand on arrive en vélo ! Bon, en train un peu pour le coup, mais l’essentiel a été fait à vélo quand même ! Autant vous dire que l’on apprécie vraiment différemment les étapes quand on sue pour y parvenir !
Une fois au Touquet, j’ai roulé vers le sud, en ayant rejoint l’Eurovelo 4, la Vélomaritime ! Une nouvelle aventure qui commence ! Je n’avais visé aucune ville particulier, parce que c’était la première fois que je commençais la journée pendant l’après-midi, donc pas tellement d’idées quant au nombre de kilomètres que j’allais faire…
Après Berck (dernière ville de la Côte d’Opale, qui part de Calais), Groffliers, puis Waben, la route bifurque plein ouest pour rejoindre Fort-Mahon Plage, par la D532. Quelques kilomètres en plein vent de face, mais un vent costaud, pour la reprise – 3 jours sans pédaler !
Le pire, c’est sur des portions de routes vraiment rectilignes, car on a le temps de voir la difficulté venir, en plus de la subir… Mais passons !
Un peu avant Fort-Mahon, j’ai rattrapé une dame à vélo qui faisait également de l’itinérance, à en juger la taille de ses sacoches ! Comme elle avait un pied au sol, sur le bord de route, je me suis arrêté pour voir si la nature de cet arrêt était d’origine mécanique :
« Bonjour Madame, police des vélos, pourquoi n’avez-vous pas mis vos warnings ?! Papiers, s’il vous plait ! » aurais-je aimé lui dire, si mon sens de l’humour ne s’était pas envolé. Au lieu de cela, j’ai simplement dit : « Bonjour Madame, tout va bien ? »
En réalité, la dame essayait de se repérer, car elle ne savait pas trop utiliser un GPS sur son téléphone. On a discuté 5 minutes et j’ai appris qu’elle voulait se rendre au Portugal ! Bien courageux de sa part !
Je suis reparti, en maudissant maudit le vent dans ma barbe de maintenant plusieurs semaines, et j’ai roulé plusieurs kilomètres, pour m’apercevoir que la route devenait très sauvage : en effet, on longe le parc ornithologique du Marquenterre ! Ça aurait été sympa de s’arrêter voir des oiseaux, mais pas le temps, encore une fois ! C’est déjà sympa d’être dans l’ambiance « parc naturel » ! On voit quand une sacrée quantité d’oiseaux (des espèces inconnues à mes yeux non initiés), des ruminants, des chevaux, des points d’eau !

Aperçu du genre de paysage que l’on rencontre sur son chemin dans ce coin-là

Rien à signaler ensuite, j’ai fini par arriver au Crotoy, mais J’ai failli me faire avoir avec l’heure : il ne restait de la place que dans un seul camping au Crotoy ! J’en ai fait 3 ou 4 avant, mais c’était tout complet ! Et ça ne m’aurait pas tellement plu de faire du camping sauvage, sans m’y être préparé au préalable (disons psychologiquement).
Ceci étant, j’ai donc réussi à trouver un camping, où j’ai pu me baigner dans la piscine et prendre un demi au bar, tranquillou. Ensuite j’ai craqué pour une pizza, et suis retourné dans mon antre.
Après avoir consulté chillé sur mon smartphone, je suis allé me promener dans le camping (assez grand il faut le reconnaître), et là j’ai aperçu un couple d’allemands d’une trentaine d’années, qui était en train d’installer le matériel sur un emplacement. Ils étaient sacrément chargés, car ils avaient sacoches, et en plus le monsieur tractait une remorque !
J’ai engagé la discussion par les traditionnels « Salut, vous venez d’où comme ça ? », et finalement on a parlé longtemps – en anglais ! On a tellement de choses à se dire entre cyclotouristes hu hu hu. Et on s’est dit que demain matin on boira le café ensemble, trop cool ! Pourquoi pas faire un bout de route avec eux ?

Lundi 27 juillet 2020, Criel-sur-Mer (Seine-Maritime, département 76) – JOUR 21

Et bien finalement, on a passé la journée ensemble avec les allemands !
C’est un couple, ils s’appellent Charly et Stefi, pour la petite histoire. Il était temps que ça arrive tout de même, de co-pédaler une journée complète (dans les Ardennes, j’avais seulement roulé en fin de journée avec les amis belges), plutôt que de rouler toujours tout seul !
Alors bon, il faut aussi reconnaître qu’on ne roule pas à la même vitesse à 3 que tout seul, surtout qu’eux sont chargés comme des chameaux ! Je me demande comment c’est possible de partir avec un vélo aussi lourd pour autant de kilomètres (parce qu’ils sont censés aller au Portugal, et ont commencé le voyage depuis Pays-Bas). Pour le confort sans doute…

Au départ ce matin, c’est la fameuse Baie de Somme qu’on a longée (là où la Somme se jette dans la Mer), c’était magnifique ! Un espace, disons semi-circulaire, très vaste, très joli ! On s’est évidemment arrêté pour faire des photos, au niveau de Saint-Valéry-sur-Somme.

C’est le contentement absolu !

En me penchant par-dessus le bord, j’ai vu dans l’eau en contrebas ce qui s’apparentait à des cadavres de poissons, mais qui me semblaient bizarres, tout en longueur… En réalité, m’a confié un pêcheur, il s’agit des restes de pêche de raies, qui sont rejetés dans l’eau une fois qu’on a pris ce que l’on voulait… Voilà pour l’anecdote…

On ne voit pas bien, mais un peu quand même !

On a ensuite poursuivi notre route, et par endroits on était vraiment proche de la mer, tellement qu’on roulait sur du sable par moments ! Attention, quand on roule sur du sable, c’est très casse-gueule, et on peut en mettre partout sur la transmission du vélo…
À un moment, on roulait peinards, quand soudain une puissante odeur nous envahit les narines ! Vraiment, j’avais jamais senti de truc à ce point-là immonde ! La cause : une charogne qui attendait en limite de propriété que le camion d’équarrissage passe. Le pire, c’est que le camion est passé en gros au moment où on était là, et ensuite, une fois la carcasse dans sa benne, il nous a doublé ! Re-belotte pour l’odeur absolument immonde ! L’odeur de la mort, sérieux ! Oui, c’est la parenthèse olfactive, il faut bien travailler l’imaginaire du nez en plus de celui des yeux ! Je plaisante les amis ! Mais sachez que, si vous faites du vélo sur la route, vous risquez de croiser un paquet d’animaux crevés sur la route, et un bon conseil que je vous donne si ça arrive : retenez votre respiration le temps que ça passe !


C’était la pleine marée basse quand on s’est arrêté, à un autre endroit un peu plus loin – pour reprendre des photos et tourner nos films respectifs – et on pouvait voir qu’il fallait marcher des kilomètres pour atteindre l’eau, tellement la mer avait reculé !

Mer, où est-tu passée ?

Le midi on s’est arrêté le long de petites cabanes en bois colorées, typique de la côte j’ai l’impression, et on a mangé, tranquille. Il se trouve que Charly est cuisinier, donc j’ai compris pourquoi une partie de leur bagagerie était aussi lourde – les instruments de cuisine !

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Cabanes colorées , sympa pour comme décor de déjeuner !

Ce furent des paysages assez campagnards malgré tout, pour l’après-midi : de nombreux champs, mais la mer jamais bien loin derrière !

Un champ de lin
Si tu joues à cache-cache dans le maïs, attention à ne pas tomber dans la mer non plus !

On a fini la journée après la ville du Tréport, entourée des plus hautes falaises de craie d’Europe, culminant à 110 mètres d’altitude !

Le Tréport

On a fait les courses dans une grande surface : comme c’est agréable de pouvoir laisser les bagages quelque part, quand une personne peut les surveiller ! Car tout seul, tout marche à la confiance, et à certains endroits la confiance, on peut se la mettre derrière l’oreille !
La dernière difficulté avant de rejoindre Criel-sur-Mer, là où nous attendait le camping situé sur une falaise, était de grimper la côte, pour justement sortir de la ville : de même que les villes traversées par un fleuve se situent dans les fonds de vallée, le long de la Manche les villes portuaires se situent dans le creux des falaises, au niveau de la mer, ce qui fait qu’on descend à balle pour y entrer, mais on monte à deux à l’heure pour en sortir.
Comme on était chargé après les courses, c’était dur dur – enfin, surtout pour eux hé hé hé. Finalement nous avons fini par rejoindre le camping, avec vue sur la mer, c’était cool !

On est allé se baigner, rien de mieux que de se baigner au pied des falaises, magnifique ! Ça caillait un peu par contre, il faut le reconnaître, surtout que je suis du genre frileux perso !

Des hauts et des bas, ces falaises!
Se parler, c’est bien…
Mais parler à plusieurs, c’est mieux !

Forts de cette expérience, on a pris la bonne douche bien chaude, et on a fini par picoler comme des cosaques ! J’avais acheté du cidre (nous sommes en Normandie), eux du vin blanc et un pack de bières… CRAC !, gros mélange, bonjour le bien-être demain ! En plus demain je dois mettre les gaz (et donc les abandonner, car il faut que j’avance plus vite) ! J’aurai tout le temps de m’en vouloir d’avoir trop bu !

Si c’est pas beau ça !

Mardi 28 juillet 2020, Sassetot-le-Mauconduit (Seine-Maritime, département 76) – JOUR 22

Nan mais aujourd’hui j’ai tellement pris cher les amis ! Pourquoi ? Mais à cause du vent bien sûr ! Le vent, le vent, le vent ! De la folie dans ce coin sérieux ?! J’étais à un niveau de frustration, je ne vous raconte même pas ! Enfin si, je vais vous raconter bien sûr, car j’adore me plaindre : c’est simple, j’ai gueulé ! Oui tout seul, sur mon vélo, comme ça ! Quand quelqu’un ne répondait pas à mon « bonjour », je l’insultais méchamment dans ma tête (voire haut et fort) ! En plus, comme j’ai toujours grave mal au périnée, ça n’arrangeait rien, et il a fallu que je fasse plus de pauses que d’habitude pour récupérer un peu d’énergie tellement ça me saoulait… Démon, sors de ce corps !!!
Voilà, ça va mieux… On respire, ca-calme, co-cool, Lexomil…

Toute la journée comme ça le vent ! Ça s’est joué au mental, c’est moi qui vous le dis !

Ce matin je suis passé par Dieppe, ville peuplée d’environ 30 000 habitants et qui marque le début de la Côte d’Albâtre. J’ai tourné autour du port, dont l’odeur, les filets de pêche et le matériel rouillé sont si caractéristiques ! J’ai ensuite fait une halte proche de la plage, pour parler devant mon caméscope et dire que, effectivement, c’est plus difficile de rouler quand on a picolé la veille !

Le port de Dieppe

J’ai pu profiter des grandes falaises de calcaire, blanches, magnifiques, très abruptes d’ailleurs. Comme on dit : quand t’es bourré, vaut mieux ne pas se promener le long des falaises… Tu pourrais sentir l’âpreté du sel dans la bouche beaucoup plus vite que ce à quoi tu peux t’attendre !
Dieppe, ville qui possède une liaison par bateau vers Newhaven, Angleterre. C’est une ville connue aussi pour avoir mis en place les premiers bains de mer en France, dans les années 1820, développés grâce à l’arrivée du chemin de fer au milieu du 19ème siècle, pour le bonheur des parisiens. Cela marqua la création de la première station balnéaire de France !

«Les chemins de fer ont si bien fait, en mettant à quelques heures de Paris les plages qui en étaient autrefois éloignées de plusieurs journées, que tout le monde, ou à peu près, se passe la fantaisie des bains de mer. Les côtes de Normandie sont si près, leurs falaises si belles, leurs plages si invitantes, les trains de plaisir à si bon compte, qu’il n’est si mince bourgeois dans une minute de gaieté, qui ne se décide, une fois par saison, à se mettre quelques louis en poche pour aller voir si c’est de sable ou de galet que se composent les rives tour à tour envahies et délaissées par le flux et le reflux de l’Océan»

Le Figaro du 27 août 1857
Eglise Saint-Jacques de Dieppe

A part ça, le trajet de l’après-midi était vraiment super : des belles maisons/châteaux/demeures à droite à gauche, parfois type chaumières à la Astérix et Obélix vous savez. Un temps magnifique, des parties en forêt, en campagne, bref un été comme on les aime ! Mais c’est vallonné d’une force, je n’aurais pas cru en vrai ! J’ai dû mettre pied à terre à un moment donné, tellement c’était raide !
Rien de spécial à signaler pour la deuxième partie de route, si ce n’est que j’ai pas mal subi à cause du vent. A un moment donné, en remplissant mes gourdes dans un bar, j’ai quand même demandé à une serveuse s’il était normal qu’il y ait autant de vent : elle m’a répondu qu’un vent de cette intensité, c’était quand même rare ! Ça m’a rassuré pour les habitants – et pour la suite de mon voyage !

Voilà un genre de jolie maison que l’on peut croiser
Ou ce genre-là !

Après avoir dépassé Saint-Valery-en-Caux, puis Neville (oui, comme Neville Londubat), j’ai commencé à regarder pour choisir un camping.
En ayant trouvé un à Sassetot-le-Mauconduit, j’ai roulé encore une longue heure et demie, avec montées et descentes à n’en plus finir, pour finalement faire halte dans le camping visé, bien vert, bien sympa, et bien peu occupé : il était temps !
Le propriétaire du camping m’a confié que dans le coin, il y avait des domaines du genre de la photo ci-dessus tous les 5 kilomètres ! Quand même !
J’ai mis 3 fois plus de temps que d’habitude pour monter ma tente, car elle s’envolait à chaque fois que je la lâchais ! Même mon vélo est tombé à cause du vent, c’est pour dire ! Enfin bon, je suis quand même content d’être là où je suis !

J’ai le bien nez rouge, mais c’est à cause du soleil !

J’ai fait ma toilette, j’ai lavé quelques vêtements, et j’ai chillé avant de manger une espèce de salade de taboulé, jambon et concombre. Pas très goûtu, mais bien lourd, qui tient bien au bide hé hé hé.
Demain je ne devrais pas arriver loin du Havre, je n’y suis jamais allé ! On m’a dit que c’était laid, tout en béton… On verra bien !

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